« Le marxisme, seul guide possible de la révolution haïtienne», est un texte central de toute la pensée politique de Jacques Stephen Alexis. Il est la clé pour tout : pour les œuvres littéraires puisqu'il est l'instrument d'explication des textes esthétiques, mais également des textes politiques dont il est le fondement théorique. Jacques Stephen Alexis fait sienne la position de Lénine: il ne peut pas exister de mouvement révolutionnaire sans théorie révolutionnaire. Il ne peut pas exister de théorie révolutionnaire sans un « marxisme vivant et créateur ». Yves Dorestalce qui est certain après tout, quel que soit ce que Jacques Stephen Alexis a vu pour son pays, c'est qu'aujourd'hui, comme en 1960, le pays a besoin d'un changement de cap radical. Et ici, l'intelligentsia de gauche progressiste non communiste a un rôle central à jouer : on ne peut pas parler de développement avec des têtes creuses, des individus impropres à penser l'avenir... Le développement n'est pas aussi simple, aussi ritualistique que la célébration d'une messe ou les performances scéniques d'un chanteur de charme... Cela demande beaucoup plus que ce charisme populiste de la soutane et du micro qui a fait trembler les masses analphabètes durant plus de trois décennies, entre 1990 et 2021. Jean-Robert Hérardon est ici loin de la fiction qui soutenait la trame des grands romans de Jacques Stephen Alexis, tels Compère Général Soleil, Les arbres musiciens, l'espace d'un cillement... La brillante imagination du célèbre romancier a cédé la place dans cet essai, Le marxisme, seul guide possible de la révolution haïtienne, à une approche rationnelle, scientifique, selon la terminologie marxiste de l'époque, qui a fait la part belle à l'analyse dialectique des rapports de contradictions dans la société haïtienne des années cinquante et plaidé pour une transformation radicale des conditions de vie du prolétariat ouvrier sous l'égide du Parti d'Entente Populaire qu'il a lui-même fondé. Malgré la différence de genres, d'approches et de ton, c'est, dans ce présent texte, la même passion (analytique, cette la même implication de soi, la même générosité qui ont prévalu, comme pour toutes les grandes causes, l'emportant, dans la force de l'âge, lourd de promesses encore sur le plan littéraire et - compte tenu de l'idéologie progressiste en vogue à l'époque - sur le plan politique. Mac-Ferl Morquette
Jacques Stephen Alexis est né le 22 avril 1922 à Gonaïves, République d’Haïti. C’est un descendant de Jean-Jacques Dessalines, fondateur, le 1er janvier 1804, de l’indépendance d’Haïti, première république noire. À dix-huit ans il fait un début remarqué avec un essai sur le poète haïtien Hamilton Garoute. Il collabore à la revue Cahiers d’Haïti, puis crée et dirige la revue Le Caducée. Il fréquente un moment le groupe littéraire Comœdia, puis fonde La Ruche. En 1955, la publication de Compère Général Soleil le révèle à la fois comme grand poète et grand écrivain. En 1956, à la Sorbonne, il présente au 1er Congrès des écrivains et artistes noirs ses réflexions sur ce qu’il intitule « le réalisme merveilleux des Haïtiens ». D’autres romans suivront : Les Arbres musiciens, l’Espace d’un cillement, et un recueil de contes et nouvelles : Romancero aux étoiles.