Cette manière des lodyans s’estimposée à moi fort tard (pouvait-il en être autrement? Je n’ai jamais rencontréde tireurs de lodyans qui n’aient beaucoup vécu, et survécu!) comme une urgencede fiction pour explorer dans notre mémoire les plis et replis, grandesamnésies et petits oublis, et les coins et recoins, grands Blancs et petitsBlancs, de l’Afrique perdue à l’Amérique introuvable. La confirmation de cettemosaïque m’est venue un jour en contemplant, pour une énième fois, la muralesur les mythes fondateurs du Québec, à la station de métro Sherbrooke deMontréal, direction sud. C’est une œuvre forte qui a pris date dans cette villeen même temps que moi, en 1969. J’aime, quand je descends le grand escaliervers cette mosaïque, la netteté que lui donne la distance et que le flouremplace à mesure que l’on s’en approche, au point de ne plus rien distinguerune fois le nez dessus. Pour les petits yeux, myopes de toutes les espérances,la mosaïque est un genre à jamais inaccessible par son obligatoire dévoilementà distance.
Georges Anglade est un géographe, homme politique et écrivain haïtien, né le 18 juillet 1944 à Port-au-Prince et mort dans la même ville le 12 janvier 2010.
Opposant farouche au régime de la famille Duvalier, il est exilé à deux reprises pour ses convictions politiques, en 1974 et en 1991. Il passe une grande partie de sa vie adulte en exil au Québec, où il participe à la fondation du département de géographie de l'Université du Québec à Montréal. À compter des années 1990, il publie plusieurs ouvrages de lodyans, des contes haïtiens.