[...] L'évocation de l'entrée en scène d'Hadriana Siloé était encore plus éloignée de la véracité des faits que j'avais vécus en témoin attentif. D'après le coiffeur, Ti-Jérôme aurait arrêté de pile la voiture quand la fille-étoile d'André Siloé apparaissait à la fenêtre du manoir. Un instant après, elle aurait posé un baiser d'adieu au devant de sa marraine. Hadriana était nue de la pointe des orteils au bout des cheveux, merveilleusement nue partout. Cependant, au-dessous du nombril, sa chaise de vierge tenait du prodige ! Ce fut un éblouissement pour le papillon. Il en eu les antennes coupées ! Dans ses papillonnades autour des îles, il n'avait jamais vu entre les cuisses d'une jeune fille une conque aussi royalement épanouie. En y collant I'ouïe, il entendrait la mer des Caraïibes ! [...]
René Depestre est né en 1926 à Jacmel. À dix-neuf ans, il publie ses premiers poèmes, Étincelles. Il anime une revue La Ruche, qui, à l'occasion de la venue d'André Breton à Port-au Prince, publie un numéro spécial qui est interdit par le gouvernement Lescot. Depestre est incarcéré. Il joue un rôle dans l'effervescence populaire qui chasse le dictateur, mais un Comité exécutif militaire prend le pouvoir et le jeune poète part en exil. D'abord en France, ensuite à Cuba où il va passer vingt ans. En 1978, il revient à Paris et travaille à l'Unesco comme attaché, d'abord au cabinet du directeur général, puis au secteur de la culture pour des programmes de création artistique et littéraire. En 1986, il prend sa retraite pour se consacrer entièrement à la littérature et s'installe à Lézignan-Corbières, dans le sud-ouest de la France.