Alors que l’observateur local comme étranger peut avoir un sentiment de débâcle généralisée, une nouvelle vie associative émerge lentement, à la recherche d’une légitimité, au-delà et malgré l’ampleur de la répression libérale sournoise et l’embrigadement publicitaire et la massification des moyens de communication (mass media et téléphonie cellulaire) qui ont vite fait, d’envahir l’espace public, vidant ainsi les lieux de débat de leur sens premiers et de leur contenu. Malgré cela, le mouvement démocratique du peuple haïtien demeure toujours vivant et fatalement djanm. Dans cet espace-temps apparemment informe où tout est remis en cause et qu’en même temps aucune voie (unanime) n’est proposée, il se pose le problème de la conformité de nos questionnements, leur validité qui prendrait source ou construirait sa base autour d’un consensus national, à partir de voix autorisées à nous représenter et autour d’un dialogue dont le contenu n’est point connu d’avance. Aussi le débat entamé dès les premières heures de ce vendredi 7 février 1986, depuis le macadam de Port-au-Prince, jusque dans les 140 communes de la République, pour s’infiltrer dans toutes nos communautés diasporiques demeure-t-il ouvert et urgent, aujourd’hui même.Lucie Carmel Paul-Austin
Détentrice d'un doctorat en biochimie structurale (1984) et en Études comparées en Lettres (2013), Lucie Carmel Paul-Austin, Ph.D. fut professeure de méthodologie à l'Université Quisqueya, en Haiti. Elle fut professeure de biochimie et de biophysique moléculaire, à la faculté de médecine de l'UEH (1984-2005). Vice-rectrice à l'UEH (1993-1996), Directrice générale au Ministère à la Condition féminine et aux droits de la femme et Déléguée principale auprès de la CIM/OEA (1996-1999, 2001-2002), Ministre de l'Éducation nationale (2002-2003), depuis 2007 elle se consacre aux questions d'épistémologie, de phénoménologie, de théorie critique et des poétiques de la Caraibe. Elle continue de se pencher sur la théorisation de l'impasse multiforme et complexe en Haiti, notamment sur ses racines historiques.