Les pratiques et les dispositions structurales ou institutionnelles semblent aller dans le sens de la formule de la continuité, plutôt que de la rupture : elles répondent autant à la notion du modèle qu’à celle du paradigme qui le prolonge. En voulant, à répétition,contourner les règlements édictés pour en venir à la contestation dans les rues, cette pratique laisse la place à la subjectivité. L’électeur haïtien évolue à travers ses repères et espaces propres et conserve sa spécificité. Cette dernière ne se soumet point aux dictats de la loi. J’essaye donc de déconstruire un processus électoral aux angles de facteurs plutôt subjectifs, incivisme et illettrisme. Les observations répertoriées me permettent d’évacuer la notion de simplicité conceptuelle liée au modèle. Cette approche anthropologique me permet d’analyser le comportement des acteurs durant le cycle électoral. Le substratum est haïtien, une société arriérée et incivile dans ses fondements. La démonstration tient du paradigme, et non d’un modèle qui n’existe nulle part ailleurs. Il ne suffira pas d’introduire la technologie, d’épurer les listes électorales, de mettre les bureaux de vote à proximité des électeurs, de former les membres de l’appareil administratif. Rien ne peut conduire à des élections (honnêtes ou malhonnêtes, crédibles ou non, frauduleuses ou non), si on n’est pas disposé à en accepter les résultats. Cet essai ne prétend pas donner des voies de sortie et ne fait aucune recommandation. Il opère dans un registre critique, dès lors, il décrit des observations ; il décrypte et amorce une explication des comportements des habitants de la cité face à un exercice suranné : la conduite de joutes électorales.
Détentrice d'un doctorat en biochimie structurale (1984) et en Études comparées en Lettres (2013), Lucie Carmel Paul-Austin, Ph.D. fut professeure de méthodologie à l'Université Quisqueya, en Haiti. Elle fut professeure de biochimie et de biophysique moléculaire, à la faculté de médecine de l'UEH (1984-2005). Vice-rectrice à l'UEH (1993-1996), Directrice générale au Ministère à la Condition féminine et aux droits de la femme et Déléguée principale auprès de la CIM/OEA (1996-1999, 2001-2002), Ministre de l'Éducation nationale (2002-2003), depuis 2007 elle se consacre aux questions d'épistémologie, de phénoménologie, de théorie critique et des poétiques de la Caraibe. Elle continue de se pencher sur la théorisation de l'impasse multiforme et complexe en Haiti, notamment sur ses racines historiques.