Henri Postel, homme d'action d'une île tropicale écrasée sous la dictature de Zoocrate Zacharie (surnommé le Grand Electrificateur des âmes), s'est fermement opposé au tyran. On l'a déchu de son mandat de sénateur et contraint, pour l'avilir, à gérer un piteux bazar dans un quartier populaire de la ville. Il s'inscrit au grand concours annuel du mât de cocagne suiffé qui lui permettrait non seulement de remporter un triple trophée - un gros chèque, des objets de valeur, un fusil mitrailleur -, mais surtout d'aider sa cité à avoir une conscience approfondie de ce qu'un individu, même isolé et apparemment vaincu, peut faire pour retrouver l'estime de ses concitoyens et leur redonner le goût perdu de l'action collective. La savoureuse verve de René Depestre se met au service de la satire, de la révolte et de l'amour.
René Depestre est né en 1926 à Jacmel. À dix-neuf ans, il publie ses premiers poèmes, Étincelles. Il anime une revue La Ruche, qui, à l'occasion de la venue d'André Breton à Port-au Prince, publie un numéro spécial qui est interdit par le gouvernement Lescot. Depestre est incarcéré. Il joue un rôle dans l'effervescence populaire qui chasse le dictateur, mais un Comité exécutif militaire prend le pouvoir et le jeune poète part en exil. D'abord en France, ensuite à Cuba où il va passer vingt ans. En 1978, il revient à Paris et travaille à l'Unesco comme attaché, d'abord au cabinet du directeur général, puis au secteur de la culture pour des programmes de création artistique et littéraire. En 1986, il prend sa retraite pour se consacrer entièrement à la littérature et s'installe à Lézignan-Corbières, dans le sud-ouest de la France.