Cela devint particulièrementévident pendant mon séjour en Haïti, quand je me trouvai en contact quotidienavec ce que nous pourrions appeler le réel merveilleux. Je foulais cette terreoù des milliers d'hommes avides de liberté avaient cru au pouvoir delycanthrope de Mackandal, au point que cette foi collective produisit unmiracle le jour de son exécution. Je connaissais l'histoire de Bouckman,l'initié jamaïcain. J'avais été à la Citadelle La Ferrière, ouvrage sansantécédents architecturaux uniquement annoncé par les Prisons imaginaires duPiranèse. J'avais respiré l'atmosphère créée par Henri Christophe, monarque auxentreprises extraordinaires, beaucoup plus surprenant que tous les rois cruelsinventés par les surréalistes, férus de tyrannies imaginaires, dont ilsn'avaient pas eu à pâtir. À chaque pas, je trouvais le réel merveilleux.
De père breton et de mère russe, Alejo Carpentier est né à Cuba en 1904. Après avoir habité Paris de 1928 à 1939, il y retourne en 1967 où, jusqu'à sa mort survenue en 1980, il a été ministre conseiller de l'ambassade de son pays. Parmi ses romans les plus célèbres : Le partage des eaux, Le siècle des lumières, Concert baroque, Le recours de la méthode. En 1977, il avait obtenu le prix Cervantès, la plus haute distinction littéraire décernée en Espagne.