Comment des chrétiens-vivants peuvent-ils s’adonner à des rites si barbares ? Les animaux qu’on égorge. Le sang frais recueilli dans la moitié d’une calebasse et bu à la régalade. Les bains de boue. La nourriture qu’on enterre. De toutes leurs bizarreries, c’est la plus difficile à piger. Enterrer de la bouffe. Non mais. Tu ne leur demandes pas d’aller avec toi au temple le samedi. Au moins le dimanche. Comme tout le monde. de draper leur machin dans un minimum de décorum. Et tu te prends à rêver du côté sobre et solennel des cultes civilisés. Du trémolo de l’orgue dans la grande cathédrale les jours de Te Deum. Au lieu de cela, des peaux de bêtes qui se déchaînent. Grondent. Vrombissent. Invitent à des sacrifices qui ne doivent pas être que de taureaux, de cabris à quatre pattes, de porcs ou de poulets noirs. Gêne de faire partie de la même cour. De la même société. De la même nation. D’être un des leurs, en somme.
Louis-Philippe Dalembert est né à le 8 décembre 1962 Port-au-Prince. Poète, nouvelliste, romancier et essayiste, cet ancien pensionnaire de la prestigieuse Villa Médicis à Rome a reçu plusieurs autres distinctions, dont le Prix Casa de las Américas, le Prix RFO. le Prix Thyde Monnier, le Prix de la langue française en 2019... En 2010, il est fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en France. Ses livres sont traduits, entre autres, en portugais, allemand, italien, espagnol, anglais, danois, roumain et serbe. Dalembert écrit en français et en créole.